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Écrire ses mémoires à son rythme : commencer sans en faire un livre
Écrire ses mémoires n'oblige ni à viser un chef-d'œuvre, ni à respecter un ordre chronologique. On peut commencer par n'importe où, à son rythme, et garder la liberté du fragment.
Beaucoup de gens, autour de soixante ans, sentent monter une envie qu’ils n’osent pas tout à fait formuler : écrire ce que j’ai vécu. Pas pour le publier. Pas pour épater qui que ce soit. Pour que ça ne se perde pas. Pour que mes enfants, mes petits-enfants, ou simplement quelqu’un dans cinquante ans, puisse savoir.
Et puis l’envie se cogne contre une idée fausse : il faudrait que je fasse un livre. Et le livre, c’est un projet trop grand. Donc on n’écrit rien.
Cet article propose de séparer l’envie d’écrire ses mémoires du projet de livre, et de montrer qu’on peut commencer dès ce soir, en quinze minutes, sans avoir besoin de plan, ni de talent, ni de temps libre.
Mémoires, journal, autobiographie : clarifier
Trois mots circulent et se confondent. Mettre un peu d’ordre aide à choisir.
Une autobiographie raconte une vie en suivant une chronologie, avec une visée d’ensemble. C’est un exercice d’écrivain. Très peu de gens en écrivent ; encore moins en publient.
Un journal se tient au présent, jour après jour, et capture ce qu’on vit pendant qu’on le vit. Il a sa beauté, mais il demande une discipline quotidienne difficile à tenir.
Des mémoires, au pluriel, sont autre chose. Un assemblage de fragments écrits avec recul, sans ordre obligatoire, sur les épisodes qui vous ont marqué. La forme tolère les blancs, les redites, les changements de ton. C’est presque toujours ce qu’on cherche, sans le savoir, quand on dit « j’aimerais écrire ce que j’ai vécu ».
Le mythe du chef-d’œuvre
L’autre obstacle, c’est l’idée qu’il faudrait bien écrire. Phrases parfaites. Style. Métaphores. Ce mythe paralyse une génération entière de gens qui ont pourtant des choses à raconter qu’aucun écrivain professionnel ne pourra jamais reconstituer.
Vos mémoires n’ont pas à être bien écrites. Elles doivent être justes, c’est-à-dire fidèles à ce que vous avez vu, pensé, ressenti. Une phrase courte, un mot du quotidien, un fragment incomplet mais sincère vaudra toujours mieux qu’un paragraphe ciselé qui sonne creux.
La règle pratique tient en une phrase : écrivez comme vous parlez à quelqu’un qui vous aime.
Par où commencer
Quatre angles d’attaque marchent presque toujours.
1. Une scène précise. Pas une période de votre vie ; une scène. Le matin où votre père vous a appris à pêcher. Le repas où vous avez compris que vos grands-parents avaient peur de quelque chose. La gare où vous avez attendu deux heures avant d’avoir des nouvelles. Une scène se raconte en une ou deux pages. C’est manipulable. Au bout de dix scènes, vous avez quelque chose.
2. Un objet. Choisissez un objet auquel vous tenez (une montre, un livre, une chaise). Décrivez-le en deux lignes. Puis racontez d’où il vient, pourquoi vous y tenez, à qui vous voudriez qu’il revienne. Les objets sont des portes d’entrée formidables, parce qu’ils fixent la mémoire.
3. Une question posée. Si vous bloquez sur la page blanche, prenez une question (quel est mon premier souvenir ? quel adulte de mon enfance m’a le plus marqué ?) et répondez-y. Une question force le mouvement. Les bonnes questions à se poser sont celles que vous poseriez à un parent, retournées vers vous.
4. Une lettre adressée. Écrivez à quelqu’un de précis : un enfant, un petit-enfant, un ami disparu. La forme épistolaire libère, parce qu’elle remplace le « je raconte ma vie » par « je vous raconte ce moment précis ». La voix devient plus nette tout de suite.
Comment tenir la durée
L’enjeu n’est pas d’écrire beaucoup en une fois. C’est de revenir.
Posez un cadre régulier mais léger. Vingt minutes le dimanche matin. Une heure le mardi soir. Pas plus, surtout au début. La régularité compte plus que la durée des séances.
Ne relisez pas tout de suite. Beaucoup de gens écrivent dix lignes, relisent, trouvent ça mauvais, effacent, ne reviennent plus. Posez le texte. Revenez-y dans deux semaines. Vous verrez qu’il tient mieux que vous ne le pensiez.
Écrivez où vous êtes. Carnet papier, document numérique, dictée vocale, service comme Carnely. Le bon outil est celui que vous ouvrez sans effort. Si l’outil demande un rituel pour s’y mettre, il finira par freiner l’écriture.
Acceptez les blancs. Trois mois sans écrire, ce n’est pas un échec, c’est un palier. Quand vous reviendrez, vous reviendrez avec autre chose à dire.
À qui adresser ce que vous écrivez
Cette question travaille le texte plus que vous ne le pensez. Pour qui est-ce que j’écris ?
Trois réponses possibles, et elles ne sont pas exclusives.
- Pour vous. Pour mettre des mots sur des choses que vous portez sans les avoir formulées. C’est légitime. C’est même souvent le moteur principal.
- Pour vos enfants. Pour qu’ils sachent ce que vous n’avez pas eu le temps ou le courage de leur dire. Ce destinataire change le ton : on parle moins de soi, on parle davantage de ce qu’on aimerait leur transmettre.
- Pour ceux qui vous liront sans vous avoir connu. Petits-enfants à venir, lointains. Ce destinataire-là libère, parce qu’il enlève la pression du jugement immédiat. Vous écrivez pour quelqu’un qui vous découvrira sans préjugé.
Choisissez. Ou laissez le destinataire évoluer. Beaucoup de gens commencent en écrivant pour eux et finissent en écrivant pour leurs petits-enfants.
Le moment venu, qu’en fait-on ?
C’est la question qui revient souvent : à quoi bon écrire si personne ne le lit ?
Plusieurs scénarios fonctionnent.
- Vous gardez tout pour vous, le temps qu’il faut. Aucun lecteur du vivant. Vous décidez plus tard.
- Vous partagez au fil de l’eau. Une lettre offerte pour un anniversaire, un fragment lu un soir en famille, une recette envoyée par mail. La transmission se fait morceau par morceau, sans cérémonie.
- Vous laissez un dépôt accessible le moment venu. C’est ce que permettent des services comme Carnely : un endroit où vous écrivez à votre rythme, accessible aux personnes que vous aurez choisies, le moment venu. Vous gardez la liberté de poser sans avoir à choisir maintenant.
Une question à se poser
Avant de fermer cet article, prenez deux minutes et répondez par écrit à une seule question :
Quelle scène de votre vie aimeriez-vous que quelqu’un connaisse, dans cinquante ans ?
Vous venez d’écrire la première page de vos mémoires.
Aller plus loin
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