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Lettre à ses enfants : commencer sans en faire un événement

Une lettre à ses enfants n'a pas besoin d'être solennelle. Elle peut tenir en une page, dite simplement, adressée à quelqu'un que vous verrez dimanche.

Sur une table en bois, deux mains âgées écrivent à l'encre brune dans un carnet relié, une enveloppe crème pliée près de la reliure, une tasse de céramique qui fume à l'arrière-plan.

Il y a une lettre que vous n’avez pas écrite. Vous y pensez de temps en temps, depuis des années peut-être. Elle est adressée à votre fille, à votre fils, parfois à un petit-enfant qui est encore très jeune. Vous ne savez pas exactement ce que vous voulez y dire. Vous savez seulement que vous voulez l’écrire un jour.

Et puis le jour ne vient pas. Parce qu’on imagine une grande lettre, solennelle, juste sur tous les plans. Parce qu’on attend l’occasion, la bonne phrase, le bon état d’esprit. Et entre-temps, on n’écrit rien.

Cet article propose une manière simple de poser une lettre à ses enfants, sans en faire un événement. Une lettre s’adresse à quelqu’un que vous verrez dimanche, pas à la postérité. On peut l’écrire en une demi-heure, ce soir, et garder la liberté d’y revenir.

Une lettre à ses enfants, c’est plus modeste qu’on ne le croit

L’idée d’« écrire une lettre à ses enfants » s’est chargée de gravité avec le temps. On imagine une lettre définitive, écrite une fois pour toutes, qui dirait enfin tout ce qui devait l’être. C’est précisément ce poids qui empêche d’écrire.

Une lettre, dans la vraie vie, c’est plus petit. C’est une chose à dire à une personne. Pas votre vie entière. Pas la somme de votre amour. Une chose précise, choisie avec soin, vue d’un certain angle, à un certain moment.

Une lettre peut tenir en quinze lignes. Elle peut tenir en deux phrases. Elle peut dire un souvenir précis, confier un conseil, demander pardon, raconter une chose que vous n’aviez jamais formulée. La lettre n’a pas à être complète. Elle a à être vraie. Garder peu, raconter bien : c’est toute la lettre.

Choisir le destinataire avant le sujet

L’erreur courante, c’est de chercher d’abord quoi écrire. Ça ne marche pas. La page reste blanche.

Choisissez d’abord à qui. Une seule personne. Votre fils aîné, pas vos enfants en bloc. Votre petite-fille qui aura quinze ans dans cinq ans, pas la prochaine génération en général. Le destinataire change le ton, choisit les anecdotes, écarte ce qui ne le concerne pas.

Une lettre à vos enfants en collectif est presque toujours plus pauvre qu’une lettre adressée à l’un d’entre eux. Vous écrivez mieux quand vous voyez le visage de la personne à qui vous parlez.

Si vous avez plusieurs enfants, plusieurs petits-enfants, écrivez plusieurs lettres. Pas la même copiée trois fois. Chacune sera différente, parce que la relation l’est. C’est même ce qui fait leur valeur.

Par où entrer

Quatre points d’entrée fonctionnent presque toujours. Choisissez celui qui vous appelle, ce soir.

1. Un souvenir précis. Le matin où votre fille a appris à faire du vélo dans l’allée. Pas une période, pas une scène générale ; une scène datée, vue. Décrivez ce que vous avez vu, ce que vous avez ressenti, ce que vous avez pensé sans le dire. C’est le format le plus simple, et souvent le plus juste.

2. Une chose que vous n’avez pas su dire. Il y a une phrase que vous vouliez prononcer le jour de son départ à l’étranger, et que vous n’avez pas trouvée. La lettre devient l’endroit où cette phrase peut enfin se poser. Sans dramatiser.

3. Un conseil que vous tenez à confier. Pas une morale. Une chose que vous avez apprise par vous-même, à un certain âge, et que vous voudriez partager. Quand on doute de quelqu’un, prendre le temps de le revoir une fois de plus avant de décider. C’est ce que mon père m’a appris, sans jamais le dire avec ces mots.

4. Une question retournée. Une phrase que vous auriez aimé entendre, et qu’on ne vous a pas dite. Vous la posez maintenant. J’aurais aimé qu’on me dise, à vingt ans, que ce n’était pas grave de ne pas savoir.

Écrire à la main, ou pas

Beaucoup hésitent. La lettre manuscrite a une valeur qu’un fichier numérique n’aura jamais. L’encre, le papier, la trace de la main qui hésite, qui rature, qui appuie plus fort sur certaines lignes, racontent quelque chose en plus du texte.

Mais le manuscrit a un coût : il décourage la longueur, il intimide à la première phrase, il se perd si on ne le confie pas. Et il vieillit, parfois, dans un tiroir.

Trois manières de combiner.

  • Écrire d’abord en numérique, recopier à la main ensuite. Vous gardez la liberté de retoucher, et vous offrez un manuscrit propre. Beaucoup d’écrivants à l’aise avec le clavier travaillent ainsi.
  • Écrire à la main directement, en acceptant les ratures. Plus brut, plus intime. Les ratures parlent autant que le texte définitif. C’est le geste le plus chargé.
  • Écrire en numérique et garder le numérique. Pour les lettres longues, ou pour celles qu’on veut pouvoir reprendre dans un an. Le manuscrit viendra peut-être plus tard, ou pas. Certains utilisent un carnet papier, d’autres un service comme Carnely, où la lettre devient un souvenir à part entière : gardé pour soi tant que vous le décidez, confié le jour que vous choisissez.

Aucune de ces formes n’est meilleure que les autres. Le critère, c’est ce qui vous fait écrire.

Offrir maintenant, ou choisir son jour

C’est la question qui revient le plus souvent. Je l’écris, et puis je fais quoi ?

Plusieurs réponses possibles, et elles ne sont pas exclusives.

  • Offrir tout de suite. Glisser la lettre dans un livre prêté, la poser sur une table le matin d’un départ, l’envoyer par la poste sans prévenir. La lettre offerte produit son effet sur place, et change la relation, doucement.
  • Garder dans un endroit connu. Une enveloppe dans un tiroir, avec un mot sur le dessus : « Pour Claire, à ouvrir un jour. » Vous gardez la main, votre enfant sait que la lettre existe.
  • Garder dans votre carnet, et choisir votre jour. Une lettre déposée dans un carnet comme Carnely reste gardée pour soi tant que vous le décidez. Le jour où vous la confiez, votre enfant la lit, ce jour-là : un anniversaire, un départ, un dimanche ordinaire. Vous choisissez le moment, et la lettre ne dort pas dans un tiroir.

Beaucoup d’écrivants font les deux : une lettre courte offerte aujourd’hui, une lettre plus longue qui attend le jour que vous lui avez choisi.

Ce qu’une lettre change, même non offerte

Vous écrirez peut-être une lettre que vous n’offrirez jamais. Ce n’est pas un échec.

L’acte d’écrire change déjà la relation. Vous formulez une chose qui flottait, vous lui donnez une forme, vous décidez de ce qui compte vraiment. Quand vous reverrez votre enfant dimanche prochain, vous ne lui parlerez pas tout à fait pareil. Pas parce qu’il aura lu la lettre, mais parce que vous, vous l’aurez écrite.

C’est ce qui rend la lettre légitime même quand elle reste dans un tiroir. Elle a fait son travail à l’intérieur de vous d’abord.

Une question pour ce soir

Avant de fermer cet article, prenez deux minutes. Choisissez une personne. Et répondez à cette seule question :

Qu’est-ce que j’aimerais lui dire, ce soir, en deux phrases ?

Les deux phrases sont là. Vous n’avez plus qu’à les écrire.

Aller plus loin

Si la lettre vous donne envie d’écrire plus largement, cet article montre par où commencer pour écrire son histoire. Et si vous avez envie de faire raconter vos propres parents, voici trente questions à leur poser.

Questions fréquentes

À l'âge où vous y pensez. Une lettre à un enfant de sept ans, à un adolescent, à un adulte qui a lui-même des enfants : toutes sont justes. L'âge importe moins que le moment où la phrase se présente.
Les deux marchent. Offrir la lettre maintenant change la relation, doucement. La garder pour plus tard évite la gêne immédiate et laisse à votre enfant le temps de la recevoir. Beaucoup font les deux à la suite : une lettre courte offerte, une lettre plus longue posée ailleurs.
Écrivez la première phrase qui vous vient, même si elle est banale. *Je voulais dire cette chose depuis longtemps.* *Je pense souvent à cette journée d'avril.* La suite arrive presque toujours. C'est la page blanche qui paralyse, pas l'écriture elle-même.